2016 - Luis Porquet (journalist, art critic)


2016 - Lydia Harambourg (La Gazette de Drouot)

Grataloup  Une remontée aux origines

Pour Grataloup, l'acte pictural est proche du sacré. Il tente de conjurer, d'apprivoiser l'énergie primitive par les formes et la couleur. Il interroge les matières du cosmos, la terre, la pierre, le métal, le bois, le sable dans lesquels souffle l'esprit. Dans ce dialogue constant qu'il entretient avec la nature, il fait appel à la mémoire. Si son univers est nourri de visions, de souvenirs, d'une nostalgie édénique comme l'héritage des temps adamiques et d'un paradis perdu, ses mystères sont d'un ordre symbolique.

Pour une interrogation mystique, il recourt à une alchimie des matières au service d'une thématique cosmique, reflet de la matrice originelle. Il tente de dérober au minéral et au végétal leur complexe et mystérieuse texture en multipliant les frottages, incorporant des découpages qu'il mêle à des fragments de feuilles de métal et d'or collées, à des pochoirs associés à l'acrylique et au pastel à l'huile. L'artiste revendique l'héritage médiéval du travail artisanal. Il en maîtrise les techniques, de la miniature à la ciselure, en préparant son support recouvert de couches successives de peinture, polies, reprises jusqu'à la simulation d'une peau quasi charnelle. Organique, sa peinture est un champ labouré, écume, strates rocheuses ou plaines alluviales. La surface picturale est alternativement microcosme et macrocosme du sol terrestre comme du firmament, animée de légers reliefs irréguliers en réponse aux forces occultes des matières exploitées. Leur épaisseur a une dimension symbolique.

Aspiration vers l'infini

La splendeur des noirs, des ors et des bleus céruléens, des rouges de cadmium, des verts et des jaunes, dispense une saveur sensuelle. Dans ses ensembles somptueux, la couleur pure flamboie. Dans l'articulation des plans et des ouvertures spatiales, elle intervient comme élément dispensateur d'une perspective suggérée. L'illimité aspire notre regard jusqu'à rendre imperceptible l'illusoire figuration qui, dans un simulacre d'abstraction, rend visible cet entre-deux impalpable. Entre le vide et la matière, la lumière rayonne.

Ses transmutations sont de l'ordre du sacré, comme le sont la nature et l'homme. Parvenu à l'équilibre entre le visible et l'invisible, entre la substance et le vide, l'esprit émerge. La matière s'accorde au rêve de l'esprit. L'homme et l'univers sont réconciliés dans un infini poétique et spirituel.

Paris 2003 - 2009 - 2016 - Lydia Harambourg


2009 - Lydia Harambourg (La Gazette de Drouot)

La Gazette de l'Hôtel Drouot - 10 avril 2009 - N° 14

Grataloup "Mystères"

Les Mystères de Guy-Rachel Grataloup sont pluriels. D'ordre symboliste, ils recourent à une alchimie des matières mises au service d'une thématique cosmique. Si notre approche est facilitée par la simplification de la lecture, elle se double d'une analyse qui ne cherche pas moins à comprendre le sens qu'à interpréter ces scènes ésotériques. 

Car l'univers de Grataloup est nourri de visions objectives, de souvenirs (Je me souviens de Giverny), d'une nostalgie édénique, et celle du rêve d'un paradis perdu. Ses séries nous valent des ensembles somptueux, où le sable, l'acrylique, le métal, or ou argent, s'allient en faisant flamboyer la couleur, détentrice d'une beauté intemporelle. Les mondes de Grataloup sont ceux de l'infini. Voûte céleste, océan, continents sont délimités par des lignes infranchissables qui libèrent des espaces dans lesquels l'homme, et la femme, réduits à de petits personnages, sont de purs "esprits". Grataloup revendique l'héritage médiéval du travail artisanal. Il en maîtrise les techniques, de la miniature à la ciselure, en préparant son support, en appliquant les couches successives de peintures, polies, reprises jusqu'à la saisie charnelle qui submerge toute la surface animée de rides, de boursouflures, de légers reliefs irréguliers, réponses aux forces occultes des matières. Ces transmutations sont de l'ordre du sacré, comme le sont la nature et l'homme. Parvenu à l'équilibre entre le visible et l'invisible, entre la substance et le vide, l'esprit émerge. L'homme et l'univers sont réconciliés dans un infini, poétique et spirituel.

Lydia Harambourg


2007 - Jacques Julliard (journalist, essayist)


2007 - Vincent Ravalec (writer)

The materialization of the prisoner's syndrome on canvases of different sizes of which some are covered with sand of stars may produce retinal distorsions

At the beginning, there were only a few sparse pieces. The room is large, white and the light enters through a triangular opening with its apex pointing downward. The floor is tiled and a crystal ball has been placed beside a collection of objects – the Joshua Tree, Saint-Exupéry’s plane – held in a metal mesh. There are also some paintings of different sizes leaning against a wall.

In another room are books, some of which seem to hold secrets only of interest to few people. Maybe they are too complicated or just too simple and in any case, certainly outside the grasp of many people, and the man who lives here, a prisoner awaiting his release sometimes regrets that this is so.

He himself knows not why he is there nor when his imprisonment will end. He knows only that in order to evade the traps of a long expanse of time that is not his own, he must solve a puzzle of which the elements are around him and which mix what we commonly call space, memory, shapes and origins.

He has a certain number of elements at his disposal that are like pieces of a puzzle that he must forge as he goes along. For this, he has an impeccable technique and pieces of history that he must intermingle. Mixed among memories reminiscent of a strange descent of asteroids in orbit around forgotten stars and the light of this past time they show up everywhere at the edge of the pictures he is painting calling on the elementary spirits that populate our planet and guiding them to the celestial vault, lifting our gaze toward a complexity of the world permanently placed before us but of which we have forgotten the keys.

Each work is therefore a door to the understanding of existence and its possibilities. If it flirts openly with myth, it is not like a fixed representation offering outlines already acquired in the course of the painting but more like a boat making its way to barely discernible shores. They mix with a conception of the classical world ways of seeing and becoming where inconceivable abysses interweave.

The prisoner is awaiting the judges’ favourable verdict. He knows the paintings must be seen and that they take on their dimensions in their physical materialisation. He has patiently marked out some fields of force and mixed them with sand fallen from the sky. Paradoxically, the result is immaterial.

He draws the gaze deep into a hypnotic circumference that goes beyond the horizon and leads the eye into the interior of the natural layers of the world’s memory, of vanished systems or the magnetism making up for the still primitive emergence of material form.

If all goes well, it’s what the visitors should notice without necessarily expressing it.

What, by contrast, they will not know, is that, in fact, by his paintings, the prisoner has tried, using materials from the shore, to make a raft enabling him to leave this dimension.

Obviously formulated in this way, there is reason to smile.

Leaving with Eve


For the stars

With the paintings

It’s inconceivable.

Yes, if one still thinks the Earth is flat and the Sun revolves around us.

But if you take a good look at the paintings of Guy-Rachel Grataloup, they will tell a completely different story.

A place where world geometry is not fixed.

And, indeed, even if it is difficult to comprehend, this is perhaps why there are paintings.

Vincent Ravalec


2003 - Béatrice Comte (journalist)

Grataloup - Un spiritualiste de notre temps

Issu d'une famille de séminaristes amoureux et de bandits décapités, Guy-Rachel Grataloup est un peintre ésotérique et mystique. Son spiritualisme bat dans un coeur de mathématicien, son goût du spectre coloré le renvoie à Goethe autant qu'à Kandinsky. Sa manière géométrique s'enrichit d'un goût pour les pigments purs et les métaux, et ne lui interdit pas un sens très actuel de l'installation. Il a obtenu un prix de Rome, fréquenté la Casa Vélasquez, acompagné Support-Surface comme BMPT (Buren, Mosset, Parmentier, Toroni). Mais, échappant aux normes et aux écoles, il a découvert sa voie propre : il se définit comme un nouveau symboliste (et nourrit d'ailleurs une profonde passion envers Puvis de Chavanne).

L'art de Grataloup sonne particulièrement juste dans les édifices religieux. Il fait actuellement, à Lyon, rayonner au-delà d'elle-même la chapelle de la Trinité en ses atours baroques. Une installation d'une impressionnante richesse y coupe le souffle : murs intérieurs contant l'aventure incomprise de Bernadette de Lourdes ; longue cimaise montée au milieu de l'église, comme un mur supplémentaire le long duquel la Genèse se déploie recto verso en fresque ; chemin de croix en quinze stations installé au déambulatoire de l'étage ; tout cela se clôt sur une haute Tente du Prophète en drap d'or, couverte de passages de l'"Exode", nantie d'une échelle dressée vers l'inconnu, et qui se détache sur une paroi recouverte de triangulations initiatiques.

Chacun des élements de cet ensemble outrepasse le cadre dans lequel il paraît s'inscrire. Ainsi de la série évoquant l'apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous dans la grotte de Massabielle (1848) : au delà de l'anecdote touchante, il est en fait question de ces sublimes épouvantes pascaliennes qui parfois nous saisissent. Toutes les toiles monumentales illustrant l'illumination sont structurées à l'identique, en bandes horizontales parallèles aux couleurs éclatantes. L'éther s'élève au-dessus d'un aluminium central et miroitant, sous lequel la grotte décline d'oeuvre en oeuvre divers moments du mystère, dont ls avatars ne sont clairement perceptibles qu'à un esprit prévenu. Mais la variation sur une structure intangible évoque chez tous une phrase musicale, discrètement descriptive, du caractère changeant de l'émotion. La promenade devant ces panneaux tout à la fois abstraits et récitatifs devient inconsciemment pèlerinage...

De même la suite de douze travaux qui, dans les trois couleurs primaires, illustrent la Genèse, a certes un thème biblique. Cependant, devant ces hommes luttant à mort pour une femme offerte, ou face à un prisme céleste qui domine sous lui la Terre, qui ne songerait à l'universel ?

Béatrice Comte - Critique d'Art - Article paru dans le Figaro magazine - 31 octobre 2003


2003 - Lydia Harambourg (La Gazette de Drouot)

Guy-Rachel Grataloup et les forces occultes

Deux lieux pour une oeuvre qui entretient avec l'espace des tensions dont elle est le réceptacle magique. Chez cet artiste, l'acte pictural est proche du sacré. Il tente de conjurer, d'apprivoiser les forces occultes. Ses matières sont celles du cosmos, la terre, le métal, la pierre, le bois, le sable dans lesquels souffle l'esprit. A aucun moment, il n'abandonne le rapport à la nature, comme à la figure. 

L'oeuvre de Grataloup requiert l'espace. Sa précédente exposition à la Salpétrière l'avait démontrée. Aujourd'hui, sa nouvelle occupation à la chapelle de la Trinité prolonge cette adhérence spirituelle. S'y déploient de grandes peintures dont le triptyque La Danse. Impressionnante composition où l'abstraction toute restrictive n'est qu'apparente. Nous sommes face à une matière riche, sensuellement travaillée dans la couleur. Le peintre agit en fonction de ce qu'il voit et donc avec des matières qu'il voit, tangibles. Son double rapport à la réalité et à l'esprit qui habite toutes choses requiert sa concentration sur l'infiniment petit. Travail d'enlumineur et de bâtisseur d'un monde à la fois métaphysique et d'une proximité surprenante. Monde palpable où le sable, la plus petite particule visible à l'oeil nu est posé, méticuleusement jusqu'à recouvrir la surface. Un travail avec des petits points qui lui fait retrouver la figure. Il dessine à l'acrylique sur la pellicule avec la pointe d'un crayon, incorpore parfois des fragments de photos. Une figure. L'inconnu est complice de la science. 

Avec la superbe série dédiée à Massabielle, nous sommes happés par un souffle mystique qui balaye les toiles. Depuis la Genèse, nous parcourons ainsi les étapes d'une lente initiation jusqu'à la monumentale "Tente d'or du prophète" et son échelle symbolique enracinée dans le sable dont le rapport à la sculpture est d'une parfaite clarté

D'autres oeuvres plus petites sont présentées à la galerie "Le Soleil sur la Place". Disparition ou encore Soleil noir présentent une couche picturale comme toujours chez Grataloup qui souligne ce rapport à la main, au métier. La feuille d'or se mêle aux pigments dans des couches superposées jusqu'à l'obtention d'un éclat intemporel qui tisse des liens étroites avec les icônes. Le temps, son écoulement et sa suspension Les Feuilles

Chez Grataloup, le travail est toujours en accord avec la pensée comme dans Les Tombeaux. Une oeuvre guère éloignée des peintures byzantines, du treccento. Nous sommes dans une peinture qui rend visible cet entre-deux impalpable, entre du vide et de la matière, l'esprit émerge.

Lydia Harambourg


2002 - Lydia Harambourg (La Gazette de Drouot)

Lydia Harambourg - Gazette de Drouot - 5 avril 2002

L'oeuvre si personnelle de Grataloup atypique en ce qu'elle n'entre dans aucune catégorie esthétique bien définie, trouve dans la chapelle Saint-Louis sa résonance profonde. Des correspondances spatiales singulières sont ainsi mises à jour dans un ensemble d'une soixantaine de toiles récentes de grand format, qu'accompagnent plusieurs installations, dont le retentissement sur notre réceptivité visuelle et expressive nous poursuit longtemps. Les affinités entre ce lieu et l'univers plastique de Grataloup sont en effet manifestes. Le classicisme puissant de Libéral Bruant renvoie à l'infini qui se dégage de la peinture de Grataloup, la plénitude spirituelle de l'édifice à sa quête métaphysique, la pérennité de la pierre au caractère intemporel de sa création.

Une remontée aux origines

Grataloup est du côté jouissif de l'acte de peindre. Dans le dialogue constant qu'il entretien avec la nature, il fait appel en permanence à la mémoire. Il n'a rien à faire d'une mode essoufflée et trompeuse. Son engagement rejoint celui du premier homme qui transgressa le présent en dessinant sur la paroi de la caverne la première image. Le ravissement de la matière est dans ce geste conjuratoire qui a osé revendiquer son identité. L'artiste n'a pas oublié le temps sacré où Orphée avec sa lyre entraînait les arbres et les bêtes à sa suite. Ses vastes tableaux racontent une histoire où l'homme ne cesse d'être présent. Elle évoque avec pudeur des abysses où sont tapies des choses cachées.

Le monde cosmique de Grataloup est le reflet de la matrice originelle. L'artiste tente de dérober au minéral et au végétal leur complexe et mystérieuse texture en multipliant les frottages et les formes découpées et reportées, les fragments de feuilles de métal et d'or, les pochoirs mêlés au travail des acryliques et des pastels à l'huile. Dans une alchimie, la matière s'accorde au rêve de l'esprit. Cette peinture organique féconde est tour à tour un champ labouré, de l'écume, des strates rocheuses ou des plaines alluviales. L'épaisseur de la matière a une dimension symbolique. La surface picturale se fait alternativement microcosme et macrocosme du sol terrestre comme du firmament. Les territoires morcelés de l'Hommage à David Caspar Friedrich de 1998 ont cédé devant l'immensité virginale d'Eden de 2001.

Aspiration vers l'infini

La splendeur des noirs, des ors et des bleus céruléens réjouit l’œil. La couleur est indissociable de la saveur quasi physiologique qui imprègne cette peinture. Dans l'articulation des plans et des ouvertures spatiales, elle intervient comme élément dispensateur d'une perspective qui n'est que suggérée parce qu'elle est intériorisée. L'illimité aspire notre regard jusqu'à rendre imperceptible l'illusoire figuration pour laisser émerger un simulacre d'abstraction. La présence humaine ravie par le divin est rendue avec un intensité contenue dans la suite de "Massabielle" et l'évocation de Bernadette Soubirou, tentatives de visualisation de la lumière surnaturelle dans un espace intérieur.

La mise en scène de l'oeuvre de Guy-Rachel Grataloup, notamment de quelques pièces monumentales, est parfaitement réussie. La tente du Prophète de 2001, haute de 3 m, entièrement recouverte de petites feuilles d'or représentant une surface de 16 m2, scelle la dualité de l'ombre et de la lumière, du dedans et du dehors, de la nuit et du jour, du mystère et de la révélation. Ici, le silence est plus fort que l'agitation comme en témoigne le hiératisme de l'arbre dans Matrice-arbre de 1998-2001.

Texte écrit par Lydia Harambourg dans la Gazette de Droutot du 5 avril 2002 à l'occasion de l'exposition Chapelle Saint-Louis de la Salpétrière, 47 boulevard de l'Hôpital, Paris 13 et de la sortie de la monographie Grataloup aux éditions Enrico Navarra


2002 - Paul Lombard (lawyer and writer)

Ici commence le désert

A-t-on le droit d’écrire sur la peinture ?

 Peu d’écrivains ont réussi cette gageure : compléter le trait par les lettres alors que le trait n’a pas besoin des lettres pour être beau.

Presque seul Baudelaire et Apollinaire ont su apporter à l’œuvre peinte la caution de leur mots, le support onirique de leur sensibilité.

Les Cubistes sans le flâneur des deux rives ne seraient, sans doute, pas ce qu’ils sont devenus. Ils ne seraient pas, sans doute, parvenus à décortiquer le monde, à escalader les arêtes d’un univers recomposé.

Grataloup, peintre de l’anti-matière, ou plutôt d’une manière domptée n’a pas besoin d’une préface pour emmailloter son travail ou prendre une juste revanche sur la semi obscurité dans laquelle il a volontairement construit une des œuvres les plus originales de ces dernières années où toute facilité est prohibée.

Ce marchand de sable est-il un sculpteur peintre ou un peintre sculpteur ? Qu’importe, il est pour moi l’artiste-artisan d’une géométrie où la rigueur étreint le rêve.

Qui n’a pas eu la chance le temps d’un clin d’œil ou d’un plein regard de visiter son atelier n’a qu’une faible idée de cette solitude transcendée par une obstination lyrique et sévère.

Il ne se soucie guère des écoles, des mouvements, du mouvement, pour nous faire découvrir le désert d’un absolu où pourtant la vie n’est jamais absente.

Ma rencontre avec lui m’a permis de mesurer –s’il en était encore besoin- la vanité de la division obsolète entre l’abstraction et la figuration.

Grataloup n’est pas un peintre abstrait, car l’homme est toujours présent dans ses sables. Il n’est pas d’avantage figuratif. Ses personnages esquissés, rompus sont là pour confesser leur impuissance à détourner le cours de l’absolu. Dans le même temps, ils témoignent de la supériorité des vivants sur la cendre. Ils dérangent.

Déranger, c’est la vocation première de l’artiste, sa malédiction, sa bénédiction. Grataloup excelle dans la provocation pudique dans une époque où les faux prophètes tentent d’imposer leur tintamarre.

…/…


Je ne vois pas à qui cet inclassable peut-être comparé. Pourquoi diable le serait-il ? La comparaison rétrécit le créateur, l’originalité le grandit. Grataloup nous projette sur l’écume des vagues rouges ou bleues, nous précipite dans les crevasses vertes ou noires, tandis que le promeneur s’égare dans les forêts aux lianes inquiétantes. Il dote son monde de toutes les couleurs volées à l’arc-en-ciel, le transperce de traits partis de l’infini, le caresse.

Il n’est pas le premier artiste, tant s’en faut, à introduire des corps étrangers dans ses compositions, mais, mieux qu’un autre, il sait utiliser le miroir pour ses reflets et la brisure étincelante de ses éclats.

Il serait vain de privilégier une toile au détriment d’une autre car l’œuvre de Grataloup forme un tout et les grands formats où il excelle s’emboîtent dans une construction toujours renouvelée. Pourtant, si j’avais la possibilité d’isoler un tableau mon choix se porterait sur une échelle noire déposée au fond d’un puits. Elle s’élance vers le ciel et symbolise le déshonneur du renoncement et la victoire de l’espérance.

Demain sera comme aujourd’hui
Le même trou de terre molle
Où se débattre avec la nuit
La peur et l’ennui aux épaules
Ecrivait Toursky le plus grand des mineurs du siècle passé.

Grataloup lui apporte un démenti. Sa peinture sereine et tourmentée où les couleurs s’affrontent nous obligent à revenir à la
matière dont il essaie contre la raison de devenir le maître. Cette matière épaisse, gonflée de la sève de vie, il la met au service d’une démarche humble et obstinée qui conduit vers la beauté, contrée énorme où tout se tait.

Quand je regarde son œuvre, j’entends le silence de Grataloup.


Ici commence le désert.


Le désert fertilisé par l’homme.


2002 - Jean-Louis Pradel (art historian and art critic)

L’éblouissant palimpseste de Guy-Rachel Grataloup

(extraits texte – monographie 2002 – Editions Enrico Navarra)


« … De ces premiers frottages, attentifs à l’infiniment petit, quasiment indistinct à l’œil nu, jusqu’à l’établissement des premières matrices taillées au scalpel dans les détails de dessins agrandis, reportés par projection photographique sur papiers ou cartons qui seront à leur tour travaillés par frottages et pochoirs, c’est autant la complexité du monde que l’alchimie du regard qu’il suppose qui sont d’emblée convoquées par le peintre pour faire émerger un peu de cette conscience de la matière.



Depuis trente ans la peinture de Grataloup explore ce chemin des cimes. Il y faut du souffle et de l’ampleur, une solide obstination à négliger les sentiers battus et les voies toutes tracées proposées chaque saison par les modes et tendances du moment. Cette négligence altière où l’insolence le dispute à un goût immodéré pour la substance construit un grand œuvre pictural traversé de somptueux orages où s’affiche une éblouissante aisance à tutoyer l’immensité.


… Loin des conventions de la peinture de paysages, le pays incarné que révèle Grataloup congédie le naturalisme mimétique sans pour autant sacrifier au tableau abstrait qui, quand il s’agit de nécessité intérieure, ne manque pas de s’inviter à l’atelier !…


… Partout le soleil et la nuit et bien sûr l’éclipse du soleil qui, l’été 1999, traversa la France en plein midi. Partout la montagne, le désert ou la mer, ces inventions de l’illimité de l’espace et du temps. Partout ces énigmes minérales ou végétales et ces beautés météorologiques pour confirmer Gaston Bachelard : « Les formes s’achèvent. Les matières jamais. La matière est le schème des rêves indéfinis… »

Jean-Louis Pradel


1998 - Michel Tournier (from Goncourt Académie) (writer)

Grataloup' Secret : The Antimatter

( Extracted foreword - Monograph 1998 - Publishing(Editions) Ramsay)

" It is the word material which occurs at first when we go through Guy - Rachel Grataloup's work. What material ? All the materials, the wood, the stone, the metal, but also the hair, the grass and of course the light. He could not be question for him to transport a shape in diverse materials, as certain works can be conceived so, marble, in ebony where in photography. The works of Grataloup are absolutely “intransposables, " intranssubstantielles " to speak as the theologians.

Nevertheless nobody is more taken away than him of the "matiérisme" of Dubuffet, Fautrier, Tapies or Burri who idolise the homogeneous substance in which they mold their works. Certainly the material is there but it is possessed, mastered, denied in a certain sense.

What the material ? It is a space full and thus substantially homogenement unintelligible . A vacuum calls geometrical or alive forms on which the spirit can practice. Filled with a dough every part of which is exchangeable with regard to all the others, it discourages any constructive action.

It is to say that the material of Grataloup hides a secret. At first, he sows it with slim keys lost in her as needles in a haystack … A golden ladder raises itself on a brass bottom the tent of the prophet cut in a sacred parchment raises itself in the desert …

… The lesson is obvious: the material is overcome. Better: there is no material there is
only an infinitely tenuous tissue of forms. Nevertheless we stay far from the abstraction, it would be rather about concretion about which it would be necessary to speak. Because this chromatic thickness, what is it ? It is the subtle song of a big tree, the inexhaustible vegetable wealth of a lawn, the iridescent nuances of a rainbow, the plumage of invisible one peacock, the granulation of a struck mineral.

Grataloup is situated beyond the shape and beyond the material ). He draws his work from the antimatter. "

Michel Tournier from Goncourt Academy - March 4th 1998


1998 - Jean-Philippe Domecq (novelist and essayist)

The Miles Fusions of Grataloup

We certainly discern signs and marked in the universe of this painter; his titles are often made the echo which suggest some occult fable, primed for whom knows. Its whole work could certainly have for sign of entry this entitled picture “the Tree to messages”. But this picture itself by its composition and its chromatic game is auto-ironic enough so that we feel invited to take literally none of the signs and the symbols which weaved the painter, even when he likes their intimate meaning, universally intimate.

Then, I prefer to redo the road of this world by holding me in what is said to me about it by the strict means of the painting : I prefer that my words re-made the road of a language
without words which so carries us beyond what we try to say about it.

I begin with the picture entitled In reality everything is grey. What already makes a second picture a second sign, so to say, on this territory the measurement of which I undertake. Left, the journey! It is the light allied to the material …

" In reality everything is grey " … Let us go, Grataloup, Grataloup in the name of amused fable, let us go … You know well that not, you know well that yes, you know well that, yes, the reality is grey as long as the artist did not give us forms to distinguish it - to distinguish it, to discern it in its components of light only the refraction of which takes out of the grey the various states, the brightness of the material and then, these shape once data to our eye to see finally what we have under eyes but what or we would not see, then " in reality everything " is not "grey" any more of the whole. And thus, yes Grataloup, this title also made roguish echo in the picture. Picture which, as an umbrella seen of down, opens the sky map at which aims the shooter at the bow face of the painter in the arrowed eye. The eye of the painter arrows well and truly our glance and so reveals us what, without the dotted line of its glance- feature and without the veins of his displayed colors, we would not see within what we got used to naming, of a strangely imaginary singular, " the reality ". And it is good because it is necessary, to see, to raise the veil of the common illusion, because the veins of his colors leave to six cardinal points; six, and not four, in this particular world where my journey began. And why does private individual why need that the painting offers us a particular world? Exactly louse to see all the realities which there is in "the " reality.

And what shows us this painter, if we consider at it good? What does he show us, from period to other one of this work which, since the time deploys the leaflet of its map on the main territories and the events which can arrive at an eye in a human life?

Jean-Philippe Domecq


1989 - Claude Bouyeure (art historian and art critic)

GRATALOUP "AUTOUR DE LA TERRE ERRANTE..."

"O lointain rêve de jeunesse / là-bas giît ma terre natale /

Le vieux château n'est plus que cendres / tous les arbres sont abattus /

Terrible comme la tempête / fonce sur nous l'armée sauvage

Hélas - ce paradis n'est plus !"

Novalis (Henrich von Ofterdingen)

"Mais puisque tout se laissera nommer lumière et nuit, ces deux noms répondant aux portées respectives qui en situent, ici ou ailleurs, les domaines, tout est plein à la fois de lumière et de nuit sans lumière, l'une et l'autre à égalité, si rien à aucune des deux ne prend isolément la part".

Parmenide (Le Poème)

Avatars de la lumière I

La ligne droite est l'ennemie. Elle enserre ce qui se veut sans limite. Grataloup la corrompt. Réduit les certitudes de l'horizon. L'expose à la poussée de la lumière et de la couleur. L'emmène, ainsi, à s'ouvrir sur les jeux clandestins de la nuit et du clair-obscur.

Ce n'est pas assez. Confronté aux immatérielles inscriptions du fond le contour abdique de sa rigueur. Les amarres se brisent. la figure se met à flotter, à bouger entre la toile et le regard. La volatilisation souhaitée du paysage s'accomplit par une sorte de vibration qui meut toute la surface. Cette agitation ne sort pas de l'immanence. L'un des modes favoris de Grataloup est le tourbillon, le labyrinthe, l'entrelac de traits et de retraits.

La fugivité et la plénitude, le brisement et l'étendue. La vérité que Grataloup nous fait voir, sans ménagement, n'est pas facile à admettre : rupture et harmonie sont, ici, solidaires. Le regard est entraîné par les fragments d'un monde -des îles- qui échappe avec une rapidité qui empêche de le saisir. Un monde qui ne se laisse ni capter, ni fixer. Une force est au-delà qui entraîne un déchaînement mystérieux. On pense à l'attirance fatale, magique de l'enfer égyptien tel qu'il est représenté sur un papyrus du musée de Turin. La figure plonge vers l'abîme, envoûtée par son sort. Mais à l'instant où l'on pense qu'elle va disparaître, quelque chose rayonne, éclate, est sauvé. On voudrait se dire que c'et pour toujours. Que la figure échappe à l'attraction fatale. Que désormais elle gravite loin de la perdition. Mais elle ne nous permet pas de nous complaire en cette clarté d'espoir. Sa circulation la ramène toujours sur les bords du gouffre. Mais jamais elle ne plonge. Comme le fruit entraîne la branche vers le sol mais sans la briser.

Avatars de la lumière III

Lumières brèves. Sang inépuisable. Tels sont les pôles de cette peinture. Peinture aruspice.

Pour pénétrer dans l'univers de ce peintre, il faut savoir qu'il utilise une matrice : le dessin d'un champ de blé ou d'orge. Il découpe, entaille, les contours des plantes esquissées. Ensuite, à l'aide d'un pastel, frotte la surface d'une toile appliquée sur le dessin-matrice.

L'opération donne naissance à des motifs singuliers et aléatoires, à des proliférations végétales, à un lacis de tiges, de racines, à tout un herbier de formes non arrêtées. En décalant, en multipliant l'inscription de ces figures, Grataloup tisse des trames chromatiques indicielles, des réseaux et des surimpressions de transparences qui obligent l'oeil, de plan en plan, à traverser la surface comme si la toile au lieu d'être une surface plane, était un obstacle tridimensionnel. Des passages de peinture dense, vive, appliquée avec générosité à grands ou petits coups de pinceau, créent des effets de résistance, de contraste avec la délicatesse des réseaux de fond. Ils renforcent l'impression de profondeur. Sont comme un rideau soulevé sur la circulation de la lumière et les mouvements chromatiques. Toutefois le pullulement herbeux ou les labyrinthes tracés avec le pastel attaquent cette peinture, l'absorbent. Un festin, une voration où le transitif l'emporte sur la certitude.

Par chacune de ses toiles, Grataloup témoigne de sa conviction que la peinture n'est supportable que lorsqu'elle s'abolit dans son rayonnement. Que ce qui sauve la surface couverte de pigments, c'est la profondeur découverte par le même acte. De la sorte, il choisit la voie la plus difficile. Dans le système pictural élaboré par la Renaissance, au visible se substituait progressivement l'imaginaire, comme sur une scène de théâtre le décor réel est prolongé par des fausses perspectives. Las de tant de leurres, l'art moderne a renoncé à cette formule se privant, du même coup, des avantages conférés par son ambiguïté. Plus rien, à présent ne masque ou n'atténue l'abrupte dualité de la matière et de l'esprit. Aussi la peinture, craignant de succomber au déchirement, s'ampute volontiers de l'un ou l'autre de ces termes et choisit de n'être plus qu'un symbole transparent ou une tache opaque.

Mise au tombeau

Devenue simple, elle accède aisément la réussite. Mais cette simplicité, cette réussite nous gênent parce que l'homme n'est pas simple et qu'il attend de l'art qu'il se montre fidèle à cette dualité. Et qu'il la résolve s'il le peut.

Je crois que Grataloup vit cette fidélité, lui qui cite volontier Swedenborg ou Novalis. Par là, il se rattache au dessein de médiation entre le corps et l'esprit qui définit la grande tradition. Et cela est d'autant plus singulier que la route tracée entre eux par la Renaissance est coupée.

La menace de l'écartèlement pèse, de près ou de loin sur toutes les toiles. Elles sont tendues à se rompre. Et parfois elles se rompent. L'harmonie qui naît alors au fond de leur débacle est plus grave encore. Le tableau commence paysage et finit aveu.

Claude Bouyeure - Eté 1989 - Texte préface du catalogue d'exposition - Galerie Bellecour - 14 octobre - 28 novembre 1989


1987 - Jean-Louis Ferrier (Art critic)

Grataloup, light replete

The island, the tree and the stone hut. The island central and prominent which one reaches at the close of a sea of air voyage ; the tree, ancestral, vertical symbol which soars towards the sky, vision of life in perpetual growth ; the bories, mans'first home, inverse dry-stone, island... it seems to me that around these three archetypes culminate Grataloup's present work.

Borie Archetype 2 - 1986/1987

Archetypes, or forms which appear to evolve from the subconscious, which prevail when understanding the laws of logic, but which function in a more complexed manner, by flights of images, shown by C.G. Jung and in the same strain here, by flights of colour.

There are those artists who will, without restraint, daub, mark, scratch and paste and freely sign. Grataloup is not of these : his works are inspired from afar. From Goethe for whom "colour is the expression and pain of light", from Runge and his sphere of colour, from Shopenhauer, from Novalis... And from their core, some kind of rainbow or psychic aurora borealis of which the red is blood and fire, the green water and lightening, the purple death and sublimation ; in the antipodes of Newton's spectoral analysis which only appeals to the retinal receptor.

The Painter's Eye - 1989

Nevertheless, his painting is not less physical than metaphysical, thereby "alchemique", insomuch as like the alchemist and sage, by constant and repeated handling of matter, he attains a higher spiritual plain. For, in contrast to expressionism which arbitrarily displays tonality, Grataloup is a rigorous colourist directely in line with traditional and modern french painting.

"When I use a green, it doesn't mean grass, when I use a blue, it doesn't mean the sky" wrote Matisse.This can be construed in two ways : -That the modern artist has thereafter earned the right to transgress a given image as so he desires ; and in a more profound sense, that is not essential to see in a work where the sky is blue and the grass green, neither a sky or grass, but areas of colour.

Three Trees - Three Colours - 1989

Thus, of course, on sees Grataloup's work with a difference, which he himself views as a combination of both a visual experience and an intellectual enrichment.

In his islands, his trees and"bories" what appeals to me is the true style of painting. I would like to point out that these archetypes, rather than existing as purely phylosophical or literary, embody a pictorial tangibility which can be seen inany of his canvassess, perhaps above all in those that paraphrase Goethe, and by inversion one can say "light is the expression and joy of colour".

Rainbow Island I - 1988

Grataloup, light replete. Yes, from the eminent isle to the axial tree - the dry stone huts with their shadows mouths is decidely the omega of this exibition.

Text of the exhibition catalogue - Lavignes-Bastille Galery - July 1989

Translated from French into English by Frances Crabbe


1986 Interview with Grataloup Viallat & Jaccard

On dit souvent que la peinture est un paradis

Propos entre Grataloup, Jaccard et Viallat recueillis par Marianne Raabe en novembre 1986

Viallat : Tu prépares à la Galerie Lavignes-Bastille une exposition de tes travaux qui couvrent une dizaine d'années : peux-tu préciser, d'une manière relativemnet simple, ton parcours ?

Grataloup : Ma peinture n’a pas changé dans le sens de la pratique puisque je travaille puisque je travaille toujours à partir d’une matrice, c’est-à-dire un dessin découpé dans une toile, ensuite frotté et marouflé. A l’époque mes toiles ne comportaient que des paysages. Je travaillais la toile proprement dite, j’étudiais les monochromes ; en fait ma préoccupation était le paysage monochromatique. Puis, il y a cinq ans environ, la figure est intervenue. La figure et les plans. Une chose est certaine, ma pratique aboutit à la multiplicité des possibilités. Si le personnage intervient, c’est franchement et systématiquement comme un élément collé sur… ce qui permet son interchangeabilité par rapport à un espace/fond, un fond/espace. Je découpe, je colle par-dessus et je recolle encore par-dessus. Les possibilités sont illimitées.

Viallat : La reproductivité de la figure a donc été une nécessité pour toi ?

Grataloup : Mes paysages avaient besoin d’être cernés à l’intérieur d’une idée. Avant comme motif de départ la figuration ornementale ils pouvaient très vite dévier  et devenir décoratifs ou purement chromatiques. Il fallait récupérer l’expression de ces trois modes. Ils sont apparus avec une problématique qui reste, en définitive, toujours la même et qui celle de l’espace, mais au lieu d’être un espace chromatique pur –monochromatique-, c’est une transposition plastique, formelle, d’un espace réel qui a eu besoin d’une figure pour vivre.

Viallat : En rapport au foisonnement végétal des toiles de 76, tes personnages arrivent maintenant à donner une échelle. En fait, les thèmes ont abouti à la mise en espace de ta peinture.

Grataloup : Ma thématique est assez évolutive : elle a commencé par des couples inspirés du mode ornemental oriental. Absolument anonyme, ils étaient reportés plusieurs fois sur différentes toiles avec un rideau végétal, situant des espaces par des découpes sombres ou claires –en fait, une échelle de valeurs chromatiques- ensuite, ils sont devenus érotiques – je dirais même très vite érotiques – parce que c’était la représentation d’un couple nu dans un paysage idyllique. Ainsi, il était là, dans un monde peu compréhensible, mais avec sa vitalité triomphante. Dans d’autres toiles, la chute d’un personnage est devenue celle d’Icare ; c’était bien la chute de l’esprit dans la matière, un peu comme un paradis terrestre perdu, parce que la matière serait intervenue.

Jaccard : On dit souvent que la peinture est un paradis, surtout au XXème siècle, dans la mesure où tout est possible, mais dès que des choix sont à faire, cela devient un enfer. Or, dans ta peinture, cette notion est totalement évacuée.

Grataloup : Oui, vérité et beauté expriment le pathétisme de l’homme qui court en tous sens et qui essaie quand même de trouver quelque chose de possible, une lumière, malgré l’impossibilité des situations. Ne pensons-nous pas ainsi trouver une reconnaissance de nous-mêmes par la peinture ?

Viallat : Cette notion de lumière, dans tes récents travaux, est figurée par des rayons qui traversent la toile. D’autre part, certains sont bordés d’or et tes échelles, elles-aussi, sont dorées à la feuille. Pourquoi cette intervention de l’or et de la lumière ?

Grataloup : L’or intervient comme une matière mystérieuse. Il est un peu hors de la palette du peintre. C’est l’incommunicabilité et le mystère divin. Lorsque je représente une échelle dorée, c’est une possibilité de passer d’un monde à un autre ; quant au rayon lumineux, dans sa simplicité et sa complexité, c’est l’idée de la lumière matérielle.

Jaccard : Grataloup, nous n’avons pas évoqué ce qui constitue principalement ta peinture : cette pratique du frottage, sorte de manipulation de la toile qui sert de véhicule aux dessins labyrinthiques.

Viallat : Et qui est à la fois constante et dualité.

Grataloup : Il y a effectivement une dualité et parallèlement rien n’était possible sans cette pratique systématique du dessin lacéré, de la matrice et du frottage. Rien n’est et ne sera possible sans cet espace préalable issu de ma pratique. Je prends un morceau dans une focalisation spatiale générale, un vécu optique. Cela peut-être un champ, c’est un peu comme la mer, c’est loin, c’est grand, c’est immense ; on peut le morceler.

Viallat : C’est la création du monde.

Grataloup : Oui, c’est un morceau du monde, que je peux, grâce à la pratique du frottage multiplier comme je le désire. Je fais des toiles immenses et de petites toiles. Je prends les morceaux des morceaux et je les multiplie. J’ai fait de grandes toiles sur l’Eveil du minéral où il y avait cinq ou six fois le même morceau présenté avec des chevrons qui, optiquement, empêchaient une répétition trop évidente. Ces séries sont illimitées, elles peuvent durer éternellement… Ce qui peut changer, ce sont les éléments formels qui interviennent par-dessus.

Viallat : Parle-nous aussi du penseur

Grataloup : Le penseur, cette espèce de philosophe maculé de matière devant un éveil du minéral ? C’est notre image, notre autoportrait. De toute façon, nous ne faisons que des autoportraits.

Jaccard : Ce qui retient mon attention dans tes récentes toiles, ce sont les modalités matérielles que tu mets en œuvre et qui uniformisent ton travail. Je veux parler de cette pratique du frottage qui est forcément liée –métaphysiquement- au couple triomphant et également à la chute d’Icare.

Grataloup : Depuis très longtemps, on a voulu séparer, systématiser les genres. Or, à mon avis, tout est dans tout. Celui qui part d’une idée métaphysique n’arrivera à rien. Pour moi, le plasticien réel est celui qui part systématiquement d’une pratique. Il amène sa dimension, comme celle que je retrouve chez Claude Viallat et Christian Jaccard.

Viallat : Tu devrais remplacer le terme de plasticien par celui de peintre.

Grataloup : D’accord. Alors nous sommes tous des peintres.


1978 Michael Peppiatt

Michael Peppiatt - Paris 1978

On Grataloup exhibition 

Herodiade Gallery - Saint-Etienne

Rachel-Guy Grataloup, who had a show recently at the Galerie Marquet and will be exhibiting in the Maison de la Culture in La Seyne, near Toulon, this summer, is a linear artist of quite different preoccupations. He works in series that have their starting point in a drawing made « sur le motif », then worked up and transposed on to canvas. All the lines on this first canvas are then incised, so that the original drawing can be reproduced, in different colours and with numerous variations on to other canvases by rubbing the « matrix » with pastel. The variations are closely thought out, interlocking conceptually as well as visually. A particular feature of landscape might me taken through different seasons, for instance, at different times of the day, and so conceived that one version represents the tonal « negative » of another.

By means of this process of transformation, Grataloup attempts to convey his belief in the universality of each aspect of nature. A tree may come to look like the sun, a symbol of all energy, all growth, reaching out ; and at the same time one may be aware of inevitable dualities : an explosion of matter held immobile, a radiance that consumes, a fragility in flower on the constant rise of strenght. The artist says that one such theme would give him enough to work on for a lifetime. Since he can find all existence in the fragmentation of basalt, in the glossy surge of the sea and the sand’s sculptured skin, one realizes that for him, ideally, all themes are in any case one theme.