2003 - Lydia Harambourg (La Gazette de Drouot)

Guy-Rachel Grataloup et les forces occultes

Deux lieux pour une oeuvre qui entretient avec l'espace des tensions dont elle est le réceptacle magique. Chez cet artiste, l'acte pictural est proche du sacré. Il tente de conjurer, d'apprivoiser les forces occultes. Ses matières sont celles du cosmos, la terre, le métal, la pierre, le bois, le sable dans lesquels souffle l'esprit. A aucun moment, il n'abandonne le rapport à la nature, comme à la figure. 

L'oeuvre de Grataloup requiert l'espace. Sa précédente exposition à la Salpétrière l'avait démontrée. Aujourd'hui, sa nouvelle occupation à la chapelle de la Trinité prolonge cette adhérence spirituelle. S'y déploient de grandes peintures dont le triptyque La Danse. Impressionnante composition où l'abstraction toute restrictive n'est qu'apparente. Nous sommes face à une matière riche, sensuellement travaillée dans la couleur. Le peintre agit en fonction de ce qu'il voit et donc avec des matières qu'il voit, tangibles. Son double rapport à la réalité et à l'esprit qui habite toutes choses requiert sa concentration sur l'infiniment petit. Travail d'enlumineur et de bâtisseur d'un monde à la fois métaphysique et d'une proximité surprenante. Monde palpable où le sable, la plus petite particule visible à l'oeil nu est posé, méticuleusement jusqu'à recouvrir la surface. Un travail avec des petits points qui lui fait retrouver la figure. Il dessine à l'acrylique sur la pellicule avec la pointe d'un crayon, incorpore parfois des fragments de photos. Une figure. L'inconnu est complice de la science. 

Avec la superbe série dédiée à Massabielle, nous sommes happés par un souffle mystique qui balaye les toiles. Depuis la Genèse, nous parcourons ainsi les étapes d'une lente initiation jusqu'à la monumentale "Tente d'or du prophète" et son échelle symbolique enracinée dans le sable dont le rapport à la sculpture est d'une parfaite clarté

D'autres oeuvres plus petites sont présentées à la galerie "Le Soleil sur la Place". Disparition ou encore Soleil noir présentent une couche picturale comme toujours chez Grataloup qui souligne ce rapport à la main, au métier. La feuille d'or se mêle aux pigments dans des couches superposées jusqu'à l'obtention d'un éclat intemporel qui tisse des liens étroites avec les icônes. Le temps, son écoulement et sa suspension Les Feuilles

Chez Grataloup, le travail est toujours en accord avec la pensée comme dans Les Tombeaux. Une oeuvre guère éloignée des peintures byzantines, du treccento. Nous sommes dans une peinture qui rend visible cet entre-deux impalpable, entre du vide et de la matière, l'esprit émerge.

Lydia Harambourg