2002 - Jean-Louis Pradel (art historian and art critic)

L’éblouissant palimpseste de Guy-Rachel Grataloup

(extraits texte – monographie 2002 – Editions Enrico Navarra)


« … De ces premiers frottages, attentifs à l’infiniment petit, quasiment indistinct à l’œil nu, jusqu’à l’établissement des premières matrices taillées au scalpel dans les détails de dessins agrandis, reportés par projection photographique sur papiers ou cartons qui seront à leur tour travaillés par frottages et pochoirs, c’est autant la complexité du monde que l’alchimie du regard qu’il suppose qui sont d’emblée convoquées par le peintre pour faire émerger un peu de cette conscience de la matière.



Depuis trente ans la peinture de Grataloup explore ce chemin des cimes. Il y faut du souffle et de l’ampleur, une solide obstination à négliger les sentiers battus et les voies toutes tracées proposées chaque saison par les modes et tendances du moment. Cette négligence altière où l’insolence le dispute à un goût immodéré pour la substance construit un grand œuvre pictural traversé de somptueux orages où s’affiche une éblouissante aisance à tutoyer l’immensité.


… Loin des conventions de la peinture de paysages, le pays incarné que révèle Grataloup congédie le naturalisme mimétique sans pour autant sacrifier au tableau abstrait qui, quand il s’agit de nécessité intérieure, ne manque pas de s’inviter à l’atelier !…


… Partout le soleil et la nuit et bien sûr l’éclipse du soleil qui, l’été 1999, traversa la France en plein midi. Partout la montagne, le désert ou la mer, ces inventions de l’illimité de l’espace et du temps. Partout ces énigmes minérales ou végétales et ces beautés météorologiques pour confirmer Gaston Bachelard : « Les formes s’achèvent. Les matières jamais. La matière est le schème des rêves indéfinis… »

Jean-Louis Pradel